Au début, je ne voulais pas créer d’entreprise.
Je voulais juste comprendre pourquoi certaines cases de manga me donnaient des frissons. Pas l’histoire. Pas les personnages. Les cases elles-mêmes. Leur composition, leurs noirs, la vibration du trait. Je passais des heures à zoomer sur des scans, à analyser des détails que personne ne regardait. Mes amis disaient que j’étais obsessionnel. Moi, j’appelais ça de la curiosité.
Un soir, j’ai acheté en ligne une affiche censée reproduire un panel culte. Quand elle est arrivée, j’ai ressenti une déception physique. Les noirs étaient gris. Les lignes floues. La trame écrasée. C’était comme écouter une symphonie jouée sur un haut-parleur cassé.
Je me suis dit :
« Je peux faire mieux. »
Aujourd’hui, je ne travaille plus dans mon salon. J’ai un studio. Une salle de scan climatisée. Des presses pigmentaires. Une archive papier. Et une équipe.
Mais je garde ma première reproduction dans un cadre au-dessus de mon bureau.
Elle est pleine de défauts. Le contraste est imparfait. Les noirs ne sont pas assez profonds. La trame est légèrement écrasée.
Et pourtant, c’est ma préférée.
Parce que c’est elle qui m’a prouvé qu’une obsession pouvait devenir une entreprise.
